Un coup de Surin

(Bon, je vous préviens, je risque de ne pas être très objective quant à la narration de ce qui va suivre pour des raisons personnelles mais que vous aurez comprises si vous avez lu l’adieu au Cambodge)

Le lendemain, un peu maussades à l’idée de quitter ce pays qui a réussi à nous séduire, nous enfourchons nos Malaisiennes et parcourons les 40 kilomètres qui nous séparent de O’smach, la ville frontière.

Nous dépensons la folle somme de 12 dollars, moins de 10 €uros pour acquérir 4 cartouches de cigarettes et nous approchons de l’immigration.

A cet endroit les officiers ne voient pas des kilos d’étrangers. A part des Thaïs bien sûr.

Nous faisons tamponner nos passeports par les Cambodgiens, et nous approchons d’une roue alerte des barrières nous séparant de la Thaïlande.

Au loin, c'est la cabane des douaniers Thaïlandais.

Au loin, c’est la cabane des douaniers Thaïlandais.

Une exemption de visa à l’arrivée (gratuite mais valable uniquement 14 jours). Car un des privilèges des Français et des citoyens de quelques autres pays qui ont su d’accoquiner avec la Thaïlande est l’exemption de visa.
Le principe est simple, vous vous rendez au guichet de l’immigration muni de votre passeport (valable bien sûr, et français dans notre cas) et demandez une exemption de visa. Quelques instants après, vous pouvez aller savourer les Thaïlande. C’est gratuit, et c’est un permis de séjour de 14 jours si vous arrivez par la terre, et de 30 jours si vous déboulez en avion.
Cette parenthèse est close, allons remplir la paperasse pour les mobs.

C’est un moment sympathique.

Les deux douanières ne savent pas ce qu’il faut faire. Alors on leur explique.
Elles savent dire bonjour et merci en anglais.
Nous savons dire bonjour et merci en Thaïlandais.

Finalement le formulaire apparaît. Ne reste plus qu’à le remplir.
Nouvelle rigolade car les papiers de nos bécanes sont malaisiens. Donc écrit en Malaisien.

Heureusement, nous parlons couramment le malaisien, et leur faisons la traduction.

Finalement il ne nous aura fallu que 25 minutes, sous un soleil de plomb pour obtenir nos laissez-passer.

En attendant, deux singes obèses et voleurs (ce qui ne va pas tout le temps de pair, mais ce qui fonctionne dans les cas des singes devenant obèses à force de chaparder), nous ont fait un spectacle pendant que nos adorables douanières s’appliquaient à remplir les papiers.
Et voilà c’est fait.

Nous ne roulons plus à droite, mais à gauche.
Les routes ont retrouvé leur côté satiné. Plus de cahots, plus de trous.
Les véhicules que nous croisons sont récents, les mobs n’ont pas de roues voilées et peuvent allumer leurs phares.
Bref nous revoilà dans un pays développé.

Rien à voir avec le Cambodge, n'est-ce pas ?

Rien à voir avec le Cambodge, n’est-ce pas ?

Une pause pour déjeuner à Prasat, où un gars qui réparait le phare de son scoot sur le trottoir nous propose de nous offrir son manteau de pluie, le ciel devenant menaçant. Nous déclinons, ne souhaitant pas priver ce brave homme de sa protection pluvieuse, surtout à l’aube de la saison des pluies. Mais cela nous touche.
Ça va, en notre absence les Thaïs sont restés gentils.

L’arrivée à Surin nous rappelle des souvenirs. Des souvenirs d’un mois auparavant, lorsque nous traversions d’abord les zones industrielles des grandes villes pour pénétrer dans un centre-ville assez coquet composé de plus petites rues qui bordent (ou bien est-ce l’inverse) des maisons de style far-west de couleurs chatoyantes et acidulées. Et c’est une galère sans nom pour trouver un hôtel.

Dans ce genre là, les maisons.

Dans ce genre là, les maisons.

Se remettre en tête les signes qui veulent dire « hôtel » en Thaï. Alors un crochet à l’envers, un petit crochet, un genre de 9, un s bizarre, deux b côte à côte… Sauf lorsque c’est une guesthouse, c’est écrit différemment. Nous tournons sur un petit chemin de terre où un panneau écrit en alphabet latin indiquant un hôtel a attiré notre attention. Nous tergiversons à travers champs, trouvons l’établissement qui se présente sous forme d’écuries Thaïlandaises avec un genre de garage pour parquer son véhicule juste devant la porte, demandons le prix… Trop cher pour nous.

Alors vous aurez noté que je me suis efforcée de ne pas trop comparer les pays dans lesquels nous arrivions de façon à tenter de garder une vision objective de chaque « entité ».

Je vous annonce que je risque de déroger quelque peu à la règle dans les semaines qui viennent. Mais toujours de façon subtile, c’est évident.

Au Cambodge, il nous est arrivé une fois de tomber sur un hôtel qui n’était pas dans nos prix. Et je vous rappelle que nous avons un budget de 30€ par jour. C’est-à-dire que si nous voulons avoir un semblant de vie à l’extérieur de la chambre, celle-ci ne doit jamais dépasser 10€, et devrait coûter de préférence moins de 7€.

Et là, mauvaise pioche, cela nous rappelle nos heures de galère à trouver l’hôtel qui alliera « odeur pas trop repoussante » et « prix qui nous conviendra ».

Nous tomberons donc dans une réplique de l’hôtel Tawau, notre hôtel tant aimé de Malaisie sur Bornéo qui porte le nom de la ville où tout a basculé pour nos chevaliers roulants. Je vous laisse regarder ici si vous êtes de nouveaux fans ou simplement curieux.

Si vous êtes un gros flemmard, je vais vous décrire un peu l’ambiance : Prenez Shining de Kubrick. Dans cet esprit, mais après 30 bonnes années de laisser aller au niveau réparations et mobilier.

Voilà. Le choc est un peu dur pour nous. Nous sommes à nouveau relégués au statut de touriste pauvre.

Et c’est important de savoir cela car c’est ce qui va motiver notre prise de décision pour la suite de notre voyage.

Nous voilà installés par terre au bord d’une sorte d’étang artificiel en plein centre-ville de Surin, une Chang chacun à la main, regardant le soleil se coucher, observant les gens passer et se disant pour se consoler « Non mais la Thaïlande, c’est bien aussi ».

Le lendemain, escapade dans la campagne à la recherche des éléphants. Car Surin est célèbre pour son festival éléphantesque qui voit des milliers de pachydermes déambuler dans les rues avec leurs apparats comme si c’était normal. Ce festival n’a pas du tout lieu maintenant, donc ils en mettent quelques-uns au vert à 50 km de là.

C’est parti pour cinquante bornes de campagne.

Au bout d’une trentaine de kilomètres, Aurel me fait cette réflexion : « Tiens, du devrais peut-être vérifier la pression de ta roue arrière ».

Et pour cause : Le pneu est quasiment à plat.

Perdus au milieu de nulle part, plus question d’avancer avec nous dessus.

La pompe que nous avons achetée exprès au cas où cela nous arrive ? Elle est accrochée à l’autre scoot, resté à Surin.

Le kit de réparation des pneus dépourvus de chambre à air car c’est justement plus pratique à réparer ? Dans le coffre de l’autre scoot, à Surin.

Voilà.

Des héros.

Avis partagé sur la conclusion de cette crevaison.

Avis partagé sur cette crevaison.

Nous montrons notre problème à un couple qui passe sur leur mob qui n’a pas de souci, elle. Mais qui est quand même moins bien.

Ils nous montrent une direction. Un garage. Bien, poussons la mob durant quelques mètres. Entre temps, le ciel voilé s’est largement dévoilé et la chaleur qui nous manquait tant est réapparue.

Une fois parcouru les 100 bons mètres qui nous séparent du garage, le mécano nous sort ses clés en vue de démonter la roue.

Pas très habitués aux pneus sans chambre à air, les Thaï.

Nous faisons de grands gestes, lui montrons une chambre à air de camion qui traine dans le coin et lui faisons « non » avec les mains. Pas besoin de démonter, ça ne changera rien. Alors se lit sur son visage et sur ses mains qui font des marionnettes qu’il n’a pas de quoi nous réparer la roue. A la ville à 15 km de là au Sud, ils pourront faire quelque chose. En attendant, il peut nous regonfler notre pneu.

Oui, mais le souci qui nous coince un peu, c’est qu’un morceau de métal s’y est logé et vide une certaine quantité d’air à chaque fois que l’on appuie dessus.

Donc à chaque fois que la roue tourne, finalement.

4 km parcourus, le pneu est à nouveau à plat. Et 75 kg (Aurel) + 40kg (pour 1m75) (moi), cela n’arrange pas les choses. Heureusement, il y a plus de garages à mob que d’habitants dans ce genre de pays. Le mécano veut à nouveau nous démonter notre roue, de nouveau un langage des mains en guise de communication, et nous voilà repartis avec une roue non réparée, mais regonflée.

3 km plus loin, rebelote. Tout pareil. Je vous laisse imaginer la scène maintenant que vous l’avez bien en tête.

Et enfin, un garage de voitures qui ont toutes des pneus sans chambre à air. Donc un mécano qui a les outils. Ah, la  bonne idée d’avoir de tels pneus ! Cela dit, nous aurions eu nos outils, le problème aurait été réglé en un tour de main. Mais nous sommes des aventuriers, que voulez-vous ! Nous aimons le danger, l’inattendu et la galère totale alors que nous aurions pu faire autrement !

Bien. Nous nous sommes éloignés de 15 km des éléphants mais pas question de renoncer ! Allons-y à présent que plus rien ne se mettra au travers de notre chemin.

Au bout d’une demi-heure, nous longeons un sous-bois… Qui doit renfermer une quinzaine d’éléphants. Au bord de ce sous-bois, des Thaï taillent une sieste sur des paillasses. En nous voyant, ils nous invitent à entrer.

Petite sieste reposante à l'ombre des arbres et des éléphants

Petite sieste reposante à l’ombre des arbres et des éléphants

Avec plaisir.

Une nouvelle aventure nous attend : Poser pour les photos avec les éléphants.

Celui-là a 10 ans, il aime bien faire des blagues avec sa trompe

Celui-là a 10 ans, il aime bien faire des blagues avec sa trompe

Il y en a des jeunes (10 ans) des vieux (70 ans), des mi-jeunes (car je vois la vie du bon côté), tout cela dans une ambiance joviale de dresseurs d’éléphants.

Explorateur/Aventurier de l'extrême

Explorateur/Aventurier de l’extrême

Claire qui imite une trompe d'éléphant

Claire qui imite une trompe d’éléphant

Comme quoi, nous ne sommes pas venus pour rien.

Un pneu suriné, ce n’est pas non plus la fin du monde.

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