Où il est question d’un retour à la vie

Oui il s’en est passé du temps depuis Jakarta. Nous y restâmes pendant un an et pour des raisons diverses rentrâmes en France pour préparer la suite. et c’est ainsi qu’en pleine pandémie très très très grave, notre aventure repartit de plus belle. Plus sage (cela rassure les proches) et moins gavroches.

Ainsi…

Un beau jour du  mois de juin 2021, alors que le marasme triste envahit le monde au détriment de la liberté qui agonise ( Sommes Nous Seuls Sur Terre, n’est pas qu’une paire de glandeurs immatures mais aussi une rubrique sociale pertinente et pointue, fruit d’une maturité rare et d’une analyse poussée du monde qui nous entoure), un petit lutin en costume vert à ourlets dorés et un fort nez rouge (c’est du moins comme ça que j’aime à l’imaginer, même si la réalité est probablement bien plus terne) nous propose de partir vivre à Phnom Penh, à partir de fin août 21 et ce pour quelques années…

Quel choix cornélien…

Quitter Paris, notre logement social mal famé, notre quartier borolo (bobo ET prolo pour les ceusses qui sont restés en 2000),  notre famille aimée et aimante, nos amis (nos deux amis restants, les autres étant barrés de Paris), vendre notre Laguna de daron, arracher notre enfant, fruit rose de notre amour, à ses amis de maternelle et à Monsieur Gentil, son barman élu, délocaliser notre chat flippé sous prozac et sous le climat équatorio-tropical au risque de lui faire perdre les rares poils qui lui restent …??

Pour quoi finalement ?

Des températures à l’année comprises entre 22 et 35 degrés ? Plus de frimas, plus de dents qui claquent de façon incontrôlée ?

Paraitrait même que l’hiver manque dans ces contrées éloignées… dire si c’est dur !

Un peuple aimant et joyeux ? Plus de parisiens ronchons et moralisateurs, plus d’abruti qui t’engueule parce qu’en passant au vert tu l’empêche involontairement de griller le feu rouge ?

Parait qu’on ne survit pas à la gentillesse…

Bref, je ne vais pas énumérer tous les points qui font que nous décidâmes d’accepter immédiatement l’offre du lutin rougeaud, et ce, pour être honnêtes, avant même d’avoir pu lister les avantages et inconvénients.

Ça serait vous narguer, vous fidèles parmi les fidèles (vous êtes encore là a lire nos élucubrations), et vous faire prendre conscience, une fois de plus, de la tristesse de vos vies franchouillardes, en risquant de surcroît de provoquer votre colère aveugle lorsque, sur le chemin du retour de votre boulot, vous croiserez  un sale con qui passera au feu vert, vous empêchant de griller le feu rouge sereinement.

Evidemment qu’on a dit oui, le Cambodge on a voulu y vivre depuis qu’on y est passés il y a quelques années !

Deux mois pour se préparer.

Déménagement, administratif (chiant aurais-je ajouté du temps de mon insouciante spontanéité, mais n’est-ce finalement pas redondant ?), bisous aux proches, inscription à distance, vacances (parce que quand-même c’est l’été).

Une grosse marmite d’organisations variées bigrement réussies, hormis le chat que nous devons laisser temporairement, la compagnie aérienne nous ayant informés 5 jours avant le départ qu’elle ne le prendrait pas …

Et…

Ayé !

Nous voilà au cœur de Phnom Penh la Belle.

Pachas éreintés dans une suite de luxe faisant simili-luxe.

Pachas enfermés pour 2 semaines et des raisons de santé mondiale.

Et sans forfanterie, pachas splendides et hâves aux jolis yeux qui se croisent d’épuisement.

Après 13 heures d’avion, puis 9 heures à attendre notre correspondance à comater dans le terminal 3 de Changi – Singapour, puis 2 heures de vol et nous voilà rendus à notre nouvelle vie.

Presque.

Car avant de pouvoir sortir de l’aéroport, il nous reste deux-trois formalités à remplir.

Avant tout, il nous faut dire « à bientôt » à Kim, qui est un adorable jeune Cambodgien, futur papa et ex-moine bouddhiste qui nous proposait plein de plans et d’astuces pour ne pas payer l’hôtel, esquiver les formalités douanières et nous trouver un moyen de faire venir notre chat.

Kim nous a alpagués  lorsque, hagards que nous étions, nous survivions au ralenti dans le susdit terminal 3.

Puis passer le pré-contrôle des papiers qui nous affuble l’épaule d’un autocollant VIP (ce qui n’est pas une surprise pour vous, connaisseurs que vous êtes, mais que le Cambodge soit au courant est une surprise).

Ensuite passer le second contrôle des passeports, au stand VIP du coup, récupérer nos bagages, calmer Lison qui panique à l’idée de se refaire mettre un coton-tige dans son menu tarin – et sur la langue, détail qui peut sembler anodin, mais qui en vrai n’est pas très agréable non plus – par une armée de personnels soignant, que l’on imagine pourtant aisément souriants et compatissants, sous leurs masques, visières transparentes, lunettes, gants et combinaison de papier, blanche et bleue.

Lison, être aimé par définition et spécialement ici (l’enfant aux yeux clairs est source de tendresse et d’affection démesurée dans cette souriante contrée ), panique, et évite le coton-tige dans le nez. Pour les enfants c’est seulement dans la bouche.

Ce qui marche bien aussi.

(J’essayerai de paniquer dans 2 semaines quand il sera temps de recommencer le test qui devra être négatif pour nous permettre de quitter notre chambre d’hôtel /prison dorée, histoire de voir s’ils seront aussi compatissants).

VIP toujours, nous passons devant une longue file d’attente, sommes mis, sous le contrôle d’un policier (ou militaire je ne sais pas, plus), dans un véhicule à quatre roues et de surcroît motorisé, que l’on appelle ici une automobile, rien que pour nous.

Phnom Penh, à nous 4!

Notre chauffeur, nous emporte dans un tourbillon de folie mécanique vers cette capitale dont nous rêvons depuis 8 ans maintenant.

La folie mécanique est une façon de parler, car il conduit aussi doucement qu’une des grand-mères de Lison, de façon un chouïa plus attentive et appliquée, ce qui est une très bonne idée, vu le bordel ambiant de la circulation, selon nos critères ignorants d’européens mal normés.

Puis nous pose à la réception du Tournesol géant, hôtel qui nous abritera le temps de la quarantaine de 14 jours (oui j’aurai pu dire quatorzaine, mais le concept de quarantaine y est moins présent).

Des sourires (cachés par les masques), un « Welcome ! »  chaleureux, un Smic et demi only* pour régler d’avance la note de l’hôtel de confinement (des fois qu’on y décède ?) et nous voilà dans notre chambre.

* Fun fact culturel : ici les prix, quand ils sont en dollars sont parfois en dollars only : ex : une bouteille de vin rouge à 20$ only (voir les Philipines), comme ça tu sais que c’est pas cher. Pratique non?

Cuits.

Décalés.

Verts d’épuisement.

Collants de saleté du voyage et de l’humidité ambiante.

Et tellement heureux ! Mais si vous saviez…

Déjà parce que nous aimons le Cambodge.

Parce que la course de 2 mois de préparatifs de départ, délai qui nous fut imparti, à finalement été bien gérée, à un chat près.

Que nos lits sont voluptueux, que notre chambre d’hôtel est en fait un appartement de plus de deux fois la taille de notre boui-boui parisien et qu’en plus il est silencieux.

VIP on vous dit.

Ne nous reste plus qu’a nous emmerder pendant deux semaines…

Parenthèse d’ennui confinementiel :

Lundi 25 décembre 2047, cela fait maintenant 26 ans, 4 mois et 1 heure que nous sommes en confinement.

Nous sortons normalement dans 3 semaines.

Mercredi 8 septembre.

Il est matin. Tôt.

Le téléphone rugit dans notre palace de luxe.

Il s’est passé deux semaines où nous n’avons vu personne d’autre  que nous même, à part les personnes nous apportant notre plateau repas, éloignées au maximum de ces pestiférés que nous sommes, et les femmes de ménage (elles viennent à deux) tous les 3 jours.

Nous ne sommes pas sortis, à part un petit peu sur le balconnet de la chambre. Et hier, brièvement pour des raisons de test narinaire, mais toujours dans l’enceinte de l’hôtel.

Test narinaire auquel je n’ai pu échapper malgré les deux semaines d’entraînement, coaché par ma fille, couplé à mon talent d’acteur de mec qui panique.

Pendant ces deux longues semaines, nous avons moulé, découvert qui nous étions, fait un bel Angor, regardé des films, mangé trop gras et pas assez bon pour un hôtel 5 étoiles, et regardé dehors, avec les yeux brillants d’espoirs et avides de liberté.

Le téléphone rugit disais-je, en ce frais matin (31° seulement), et une petite voix aigüe nous dit :

  • « Good Morning M’âam, this is the front desk, I’m happy to tell you that your test is négative »
  • Donc youpi !!! On est libres !!??
  • Oui !

La joie nous enveloppe, nous sommes sourires à l’instar des habitants de ce pays.

On se prépare, on fait nos valises… Enfin !!!

En plein élan, le téléphone rugit à nouveau …

Oups, un faux espoir ??

  • « Good morning sir, this is the front desk »

Merde, ils se sont gourés ???

  • « Euh, yeees ? » palpité-je du cœur
  • « Congratulation Sir, your test is negative!! »

Ah non, ça va ils ne se sont juste pas concertés. Ouf, et en plus on est félicités !

On s’affaire, on saute en l’air de joie, et en un temps record dans le monde de la préparation de valises, nous voici prêts à rejoindre le monde, la liberté, le Cambodge aimé, ses 30° de moyenne et son humidité extrêmement présente.

Mais aussi des habitants, leurs yeux bienveillants et souriants (tout le monde est masqué partout ce sont les seuls sourires qui nous parviennent), les odeurs, les bruits de vie.

On respire.

Et on est conduits comme des rois du monde, jusqu’à la Résidence Bellevue, pour notre appartement de transition, au 9ème étage d’un complexe cossu et surcoté, avec piscine, salle de sport, salle de jeux pour gamins et service de babysitteur (2 heures par jour inclus).

La vue est belle, c’est relativement calme, à part des coqs qui font compète de gueulage, matinal certes, mais également nocturne.

Comme disait l’autre, pour nous la vie peut commencer !

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