Indonésie et Magie Noire

Ce que je m’en vais vous conter est surnaturel. Prenez-le comme un poisson d’Avril, une histoire effrayante, un fait paranormal ou une anecdote mystique, peu importe. Il nous semblait cependant intéressant de parler de cette facette de la culture Asiatique.

Pourquoi les malaisiens n’aiment pas des indonésiens ?

Non, attendez, ce n’est pas une blague pourrie avec un belge, un américain et un français, je vous promets.

Cette question potache possède plusieurs réponses. Ils partagent plus ou moins la même langue, se sont mis sur la tronche pour des histoires d’îles à toi à moi, plein d’autres choses ET les indonésiens possèdent un avantage que les malaisiens n’ont pas.

Certains indonésiens sont experts en magie noire.

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Tout d’abord, rappels culturels : La très grande majorité des Indonésiens sont musulmans, ce qui fait de l’Indonésie le premier pays musulman mondial en terme de population. L’Indonésie est le plus grand archipel au monde. Forcément, lorsque l’Indo s’est construite, il y avait des gens de tous horizons, bien que voisins insulaires. Le terme de mixité ne peut pas être employé au même titre que pour la Malaisie, c’est certain, mais des différences de croyances sont notables.

C’est alors qu’intervient ce que nous appellerons de la magie noire, parce que c’est ainsi qu’on nous l’a présenté. Voyez plutôt quelque chose d’un peu occulte, selon notre expérience.

Lorsque nous étions au Sulawesi, dans le village de Nicko, dans la famille de Mister Dulah, le patriarche s’est approché de nous un soir avec un lutin dans les mains.

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Oui, je sais que personne n’emploie le terme « lutin » pour désigner ce dont je veux parler, entendez un genre de classeur aux pages plastifiées reliées. Vous voyez de quoi je veux parler ? On peut continuer ? Bien.

Il s’approche donc de nous avec son lutin et nous le fourre dans les mains en nous demandant de regarder attentivement ce qu’il y a dedans.

Nous nous exécutons. Sur la première page, voici devant nous la photo d’un bord de mer côtier sur lequel repose en transparence une immense ville comme celles des elfes du Seigneur des Anneaux. Toute blanche. Mais transparente.

Le chef de la famille nous explique que non loin de là existe une cité pour les djinns. Que seuls les djinns sont capables de voir. Et que cette photo est une représentation de cette cité.

D’aucun est susceptible de se demander ce qu’est un djinn et la question est légitime. C’est un esprit surnaturel présent dans la religion musulmane. Un genre de génie, qui peut être bon ou mauvais, et qui peut prendre possession de votre corps ou du corps d’un animal pour lui infliger maux ou bénéfices.

Nous voilà donc avec cette photo montage sur les genoux (et personne ne pourra nous contredire, sinon cela voudrait dire que nous sommes tous des djinns), quelque peu incrédules face à cette révélation brutale. Je tourne les pages : D’autres photos de personnages, des vers écrits en arabe, rien de plus pour étancher ma curiosité. De plus, la barrière de la langue (car à l’époque notre indonésien n’était pas aussi touffu qu’aujourd’hui, soyons honnêtes) nous empêche d’en savoir plus. Pourquoi a-t-il voulu nous montrer cela ? Mystère…

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Mais que font ces gens avec ces poulets ???

Jusqu’à récemment, nous pensions que cet évènement mystique était le seul qui nous avait été donné d’approcher en Indonésie. Jusqu’à ce qu’une révélation vienne tout bousculer.

Nous discutions tranquillement de choses et d’autres avec notre ami Raoul rencontré à Bali un mois plus tôt, quand il aborde le sujet de la magie noire d’un ton sérieux. Voyant nos mines dubitatives, il se lance dans un récit épique.

Lorsqu’il était au lycée, une sombre histoire de tesson de bouteille brisé vint semer la pagaille. Un élève avait été attaqué à la cantine, ce qui lui avait valu un beau séjour à l’hôpital. Raoul n’assista pas à la scène. Cependant, étant le délégué, et la victime ainsi que les suspects étant également des élèves de sa classe,  tous furent convoqués (à part la victime qui avait d’autres choses à faire) dans le bureau du proviseur pour tenter de dévoiler le coupable. La bande de suspects, réputés pour être des durs à cuire, invitèrent Raoul à approuver tout ce qu’ils étaient sur le point de raconter au proviseur.

C’est encore mieux que Slumdog millionnaire, attendez la suite.

Donc dans le bureau du proviseur, le groupe des petites frappes s’expliqua, monta une histoire à dormir debout pour s’innocenter, accusant un autre groupe de loubards, et ne firent appel à Raoul qu’au dernier moment : Pour annoncer qu’il était là, et qu’il avait tout vu. Raoul, la tête dans un étau du haut de ses dix-sept petites années et de ses quelques kilos, n’osa pas aller à l’encontre de la version et approuva. Une fois l’interrogatoire terminé et seuls dans le couloir, la bande criminelle remercia chaleureusement Raoul en lui disant qu’ils lui revaudraient ça.

Le moment de lui revaloir son mensonge arriva plus vite que prévu. Les rumeurs allaient bon train et très vite, Raoul fut accusé de balance au profit des plus forts. La bande accusée à tort à cause de lui ne tarda pas à le harceler, l’attendre à la sortie du lycée, lui asséner coup sur coup, et du coup, Raoul invoqua l’aide des criminels. La réponse fut immédiate. En quelques minutes, Raoul avait son garde du corps privé. Il ne connaissait pas ce type. Tout ce qu’il savait de lui, c’est qu’il était…

… Indonésien.

C’était un jeune homme quelconque, pas forcément une force de la nature comme les Européens peuvent l’entendre, pour la bonne et simple raison que les gens par ici se rapprochent plus de la crevette que du golgoth d’une manière générale, peu loquace et peu expressif. Fait peu commun chez ce genre de personnes : Il possédait une bague munie d’une pierre précieuse à son majeur. Durant une semaine, il suivit Raoul dans ses trajets maison-lycée et vice et versa. Durant une semaine, Raoul n’eut pas le moindre ennui. Il remercia donc gentiment son Indonésien, parce que quand même, c’est un peu la honte d’avoir un garde du corps à 17 ans, et alla à l’école seul, comme un grand.

Naturellement, vous vous en doutez, cela ne loupa pas : Le gang des accusés à tort lui retombèrent dessus sans plus de cérémonies. Seulement, l’Indonésien n’avait pas complètement abandonné le navire et prit part au combat. Tandis que tous filaient des coups de pied au pauvre Raoul, l’Indonésien avançait calmement pour sauver notre héros. Les menaces ne l’empêchaient aucunement d’atteindre son objectif. L’un des faux malfrats lui donna un coup de casque de moto dans les cotes : Il ne bougea pas. Un coup de crosse de hockey dans l’épaule : Il ne sourcilla pas. Toutes les attaques physiques étaient vaines, les coups rebondissaient sur lui comme sur du caoutchouc. Il prit son temps pour relever un Raoul gémissant, et fit fuir leurs assaillants qui comprirent vite que la magie était de la partie. Lorsque Raoul retrouva ses esprits, il demanda à l’Indonésien quel était son secret. Il lui monta sa bague, puis lui murmura « Tu ne veux pas en savoir plus. »

Raoul termine son histoire. Et soudain, je suis frappée par des images de notre voyage en Indonésie. Nicko portait une bague sertie d’une pierre précieuse au majeur. J’ai trouvé cela bizarre car très féminin. Il nous a même dit que sa grand-mère qui habitait sur Bornéo fabriquait ces bagues.

Mais surtout…

Heyri, le père de Nicko, notre papi gâteau de Tarakan m’a offert un collier la première fois que nous avons croisé sa route. Une chaine en argent toute simple. Il m’a demandé de ne jamais l’enlever. Je l’ai ôtée de mon cou, et je l’ai mise au poignet. Je l’ai toujours à l’heure qu’il est.

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Lorsque nous sommes repassés par Tarakan il y a deux semaines, Heyri nous a refait un cadeau, mais cette fois à tous les deux : Une bague en or, un anneau comme une alliance, frappé à chaque côté. Pas de pierre dedans. Mais il porte la même bague que nous. Nous l’avons vite enlevée, car nous ne la trouvions pas trop dans notre genre.

Mais lorsque Raoul termine son histoire, je lui parle de tout cela. Il nous demande si nous avons noté une baisse de forme, ou un changement dans notre santé depuis que nous avons ces objets. Nous répondons très honnêtement : Non, absolument pas. Il nous dit qu’il est quand même plus que probable que ces objets ne soient pas de simples bijoux, qu’un homme n’offre pas comme ça des bijoux à tous les touristes qu’il rencontre, et que si notre santé n’a pas été atteinte, c’est très certainement que ces objets sont là pour nous protéger.

Depuis, j’ai remis la bague.

Et je garde toujours le collier au poignet.

Et ça va très bien, merci.

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