Funky Ressuscitation Room, le retour.

Pour Micou, qui comprendra.

Il est certaines expériences qu’il est préférable d’éviter, cependant quand la vie vous les impose, rien ne sert de les fuir.

C’est avec cette mystérieuse phrase introductive, que je vous propose un voyage combiné dans deux univers fantastiques en même temps, résumables en un sujet à faire pâlir les producteurs d’émissions-choc françaises.

Envoyé Spécial ou autres palpitants documentaires du genre « Le quotidien incroyable-et-pas-facile des douaniers de Nice », tenez-vous à vos sucres d’orges, ça va saigner.

Littéralement.

Pour une raison médicale liée, il m’à été demandé par un professionnel de santé d’effectuer ce que l’on appelle une coronarographie (ça à d’autres noms mais mon boulot n’est pas de tout vous apprendre, vous avez du poil au derrière maintenant, et pouvez faire vos propres recherches).

 Vilain nom cachant, sous nos cieux grisâtres et ronchons, une petite opération tenant en 20 minutes tout en discutant avec le chirurgien, en arrivant le matin et libéré en début d’après-midi (ou après-midji comme on dit en Marseillois).

On vous glisse un tube dans une artère au niveau du poignet et on vérifie comment se porte votre palpitant et les tuyaux qui lui son liés.

Bonjour mademoiselle, au revoir Madame.

Donc il m’est demandé de faire ceci pour contrôler que mon corps d’apollon (bien nourri en ce moment, j’en convient), ne cache pas une bêtise embêtante.

Sautillant, car rodé à ce genre de choses, je contacte un hôpital qui pratique ceci, et une fois que mon assurance à validé le montant exorbitant (littéralement, il m’a fallu deux heures pour retrouver, à l’aveugle bien entendu, mes globes oculaires qui se firent la malle plutôt que de voir la réalité en face) de son coût local je m’y rends.

Et l’aventure médicale peut commencer.

D’abord, épidémie mortelle très grave mondiale oblige, on me fait entrer, à l’extérieur de l’hôpital, dans un container posé sur le trottoir.

Un espace de 2m2 séparé du reste par une vitre, percée de deux petits trous façon couveuse de prématuré.

Et climatisé.

De l’autre côté de cette vitre, une dame.

 Je suppose.

 Au son de sa voix.

 Vêtue d’une blouse intégrale (cagoule comprise), scotchée aux extrémités et recouverte d’un tablier, harnaché d’un bonnet chirurgical, d’un masque, de lunettes de protection, d’une visière de protection, puis enfin de gants. Elle me demande le formulaire d’admission qui m’a été remis par l’infirmière de l’accueil.

Me demande de patienter une seconde pendant qu’elle enfile une seconde paire de gants (oui sur la précédente), saisit le papier du bout des doigts, pendant que de sa main libre, elle pulvérise de l’alcool partout sur le papier.

Dézinnfectionn me dit-elle.

Oui au Cambodge la communication gouvernemental est encore plus flippante que chez nous et le niveau moyen d’éducation étant encore plus bas, il est commun de croiser partout des gens munis d’un pulvérisateur de produit désinfectant, mais c’est un autre sujet pour plus tard.

Assis sur ma chaise, parallèlement à la vitre, l’être spatial se lance. Elle pulvérise un coup dans l’air, au cas où, se saisit d’un coton-tige et passe enfin le bras par l’un des deux orifices.

De la vitre hein, n’allez pas imaginer que ce soit dans l’un de mes orifices naseaux. Ni ailleurs, on n’est pas encore assez intimes.

Je serre les dents parce que bon ce n’est pas sympa ce genre de trucs.

Mais en fait elle s’en tient à la narine normale, sans aller très loin.

Je ne sais pas si c’est fiable son truc mais bon, ce n’est pas moi qui fait les règles.

Cela fait, elle me signale que je peux / doit sortir.

Ce que je.

Et me voici fort démuni car dehors, outre qu’il y fait un bon 33° moite, personne.

Je tente une entrée dans l’hôpital, les yeux s’arrondissent d’effroi…

  • « no, no, Sir, you outside Sir, for wait ».

Ce que je.

Dehors,  six petites chaises en plastique rose, sous un petit barnum en plastique blanc protégeant d’un Phébus bien en forme. Mais rendant l’air encore plus chaud.

J’attends.

En suant posément.

Quinze minutes.

L’être précité, et suspecté d’être femelle, entrouvre sa porte du container, passe un demi-nez (demi-nez d’asiatique, vous voyez comme elle ne s’aventure pas) et me tends d’une demi-main, un papier.

  • You’re negative Sir.

Ouf, je flippais !

L’aventure peut commencer.

Muni de mon sésame, je franchis gaillardement, et la tête haute, les portes de l’hosto.

Illico, une armée d’infirmières me saluent avec déférence.

Une paire d’icelles m’engage à les suivre, un coup d’ascenseur et me voilà au 6ème, dans une chambre d’hôtel middle classe Cambodgien.

Ce sera, ma chambre d’hôpital.

Equipée de tous les équipements nécessaires :

  • Un lit d’hôpital des années 40’, vestige du temps où le Cambodge nous appartenait. Avec des manivelles pour le faire monter et descendre.
  • Un canapé, des fois qu’un invité de dernière minute s’incruste.
  • Et au milieu de ces vestiges du temps jadis, une perle de technologie japonaise, une télé à écran plat, en guise de tous les appareils de contrôle médicaux que l’on trouve chez nous. Avec 81 chaines. J’ai compté.

Un petit nuage d’infirmier-es s’affaire pour m’aider à m’installer.

  • Sleep please sir (je suppose que je dois m’allonger) me dit une paire d’yeux féminins dépassant d’un masque à environ 1,47m du sol.
  • Take t-shirt off sir (en fait le short aussi), me suggère un jeune homme aide-soignant de taille normale
  • Sorry sir, souffle dans un murmure une dame d’un bon quart de quintal en essayant de pousser le lit sur lequel l’on vient de me faire allonger.
  • … , me salue de la tête une préposée au posage de bouteilles d’eau de bienvenue (authentique tradition hospitalière locale parait-il).
  • … , me salue de la tête également une personne de sexe plutôt féminin, dont le boulot est de déplacer le frigo pour le rebrancher.

En tout ce seront 8 personnes différentes  qui m’installeront, me bichonneront, me poseront un cathéter (en me demandant 5 fois, inquiète : pain Sir ?, tout en me faisant un garot avec un gant en latex et me désinfectant à l’alcool à 90°),  me prendront le sang (en me demandant 3 fois, inquiet : pain Sir ?), nettoieront la salle de bain attenante, me poseront un pissoir à côté du lit (en disant littéralement: for pipi Sir), me demanderont de me relever finalement pour refaire le lit, me diront mille fois sorry Sir.

Et j’en oublie.

Et puis plus rien.

Le calme.

Et le froid polaire.

Pas longtemps, note.

15 minutes, mais après toute cette effervescence, ça surprend.

Une infirmière cheffe déboule.

Et m’annonce le planning dans un mauvais anglais mais qui à l’avantage d’être fait de phrases compréhensibles. Et que pour des raisons de clarté autant que pour éviter les pisse-menus qui s’outreront de ma parodie d’infirmière cheffe Cambodgienne (il y en a tellement de ces cons) je vous traduis en langue normale :

  • « Opération à 14h, vous pouvez prendre un déjeuner léger » (en insistant trois fois sur le côté léger du déjeuner, ça doit être important). « Quelqu’un vous apporte à déjeuner ? »

Ici la mauvaise bouffe d’hôpital n’est pas imposée, car elle n’est pas prévue.

On se démerde, avec de la famille, des amis, ou en utilisant les services de livraisons.

Et c’est bien, surtout quand tu maitrises la langue.

Quoi qu’il en soit la faim ne me tenaille pas, je verrai ça plus tard.
En revanche je lui demande sa participation pour augmenter la température de la pièce qui doit avoisiner les 3°.

Elle hèle une sbire qui vient, lui gazouille des mots en khmer, cette dernière s’en va, puis revient avec la télécommande de la clim’ et baisse le froid. Puis repart avec la télécommande (il y en à qu’une pour 6 chambres apprends-je)

Arrive ensuite le sous-sous-chef, qui, timide, son bloc de questions médicales à la main me les pose toutes puis s’envole comme un moineau effrayé, la dernière réponse lui étant parvenue.

Puis le sous-chef, qui me repose les mêmes questions environ, me redit que je serai opéré à 14 h, et s’en va.

Puis le sous-chef en chef, il a des lunettes et parle bien mieux anglais que tous les précédents. Probable que c’est pour ça qu’il est sous-chef en chef.

Lui n’a rien de particulier à me dire, nous discutons, prônons des échanges adultes, et prenons des nouvelles l’un de l’autre.

  • So how are you ?
  • Fine and you ?
  • Oh, I’m good, I’m not the one who will have surgery

(fou-rires complices)

Et comme tout va bien il s’en va.

Arrive le Chef, avec la majuscule.

Un ponte doué, reconnu comme faisant du très bon travail même en France, c’est dire. La rumeur lui prêterait un papa Ministre de la santé (ce qui est bien pratique quand on exerce dans l’hôpital référent de l’Assurance Maladie française, dont les devis font tomber les yeux des orbites)

Mais n’enlève rien à son talent.

Lui parle avec douceur, en français un peu maltraité, mais bien appris.

C’est une visite de courtoisie également, il s’inquiète de mon éventuelle inquiétude, je le rassure, et nous faisons là aussi quelques plaisanteries érudites de salle de garde.

Et il s’envole, vers de nouvelles aventures.

Il est midi. Deux heures à peine se sont passée depuis mon arrivée.

J’ai froid, la clim’ n’est plus polaire, mais montagneuse d’hiver, j’appelle et fais monter un peu.

Et j’attends.

Plus rien ne se passe.

Ah si un jeune homme un peu dodu arrive muni d’un rasoir en plastique bleu et jetable et m’annonce :

  • « cut the hairy Sir ? »

Je suppose que oui.

Il écarte ma chemise d’hôpital et me demande de baisser mon caleçon.

Ah oui l’opération peut se faire par le poignet comme en France ou par l’aine, il semble que ce soit par l’aine finalement.

Crotte !

  • Ooooh !! s’exclame t’il, et me regarde les yeux emplis d’une surprise paniquées,

Je crus d’abord qu’il ne comprenait pas comment la nature avait pu être si généreuse (faut bien s’auto promouvoir) mais non.

Il inonde mon bas-ventre d’alcool désinfectant (ça pique).

Puis  essaye de s’attaquer au viril buisson qui orne cette secrète partie de ma délicieuse anatomie.

T’as essayé d’abattre un chêne centenaire avec un coupe ongle toi ?

Lui a essayé, puis a demandé un moment et est reparti.

La porte à peine fermée il a dit un truc à ses collègues, ce qui à provoqué une série de rires délicieux et de commentaires qui ont fait encore plus rire. Du moins ceux parlant le khmer.

Puis il est revenu muni de ciseaux. Et a passé une bonne trentaine de minutes à dégager tout ce qui pouvait ressembler à un poil dans une zone bien trop large pour ce qui était nécessaire, mais sait-on jamais semblait être son crédo.

Pâlichon et épuisé il s’en est allé ensuite se reposer.

Toc-toc fit la porte quelques minutes plus tard.

C’est l’infirmière quart-de-quintal (les Balkany sont mon modèle de respect humain) qui, elle aussi munie du même rasoir à lames changeables compte s’attaquer à moi. Pour les électrodes dit-elle, sur le torse donc.

Mais elle constate que son prédécesseur épuisé a laissé une montagne de poils dans le lit, sonne la faiseuse de lit, me demande de me lever, fait changer le lit, me dit que je peux me doucher.

Et me rallonge pour pouvoir me raser les emplacements destinés aux électrodes.

Elle n’a pas l’air très sûre d’elle donc rase globalement tout mon torse.

J’ai perdu 35 ans de pilosité, ne pleurez pas mesdames, ça reviendra.

Et évidemment, il faut rechanger les draps et balayer la pièce.

A 13h30, les yeux à 1,47 se pointent et me demandent inquiets, si j’ai faim.

Que nenni répondis-je, non merci, ne vous inquiétez pas, pas que ça à foutre, je mangerai après, j’ai mangé tard ce matin, je suis anorexique, ma maman m’a dit de ne pas accepter de nourriture des inconnus… j’essaye toutes les combinaisons possible jusqu’au moment ou elle comprend que je n’ai pas faim.

Enfin elle pense avoir compris, car les yeux ne sont toujours pas sereins.

Puis j’attends.

Je m’ennuie même.

J’essaye de lire mais la lumière est merdique dans la chambre.

Je sommeille.

Il est 14h, c’est l’heure, on vient me mettre des trucs nouveau dans mon cathéter.

Pis re-plus rien.

J’appelle pour savoir ce qu’il en est.

  • Wait wait Sir.

Fut tout ce que je pus glaner.

15h, rien.

16h rien

17h rien.

Je suis un peu gonflé d’attendre.

En fait très très gonflé, mais j’apprends la patience asiatique (oui je me nourris également de clichés et de phrases bateau, vous n’en n’avez pas le monopole).

Et tada, subitement, le 1,47m revient, armée d’une chaise roulante qu’elle stationne devant la porte (pour pas salir le sol de la chambre supputé-je).

C’est parti.

Arrivé, sur cette chaise roulante trop petite, nu comme un ver sous ma chemise d’hôpital en tissu des années 70.

Il est l’heure de découvrir la chirurgie Cambodgienne.

L’accueil est familial, une dizaine de personnes sont en train de papoter, de se marrer, de téléphoner dans la salle d’op’.

Le grand Chef en personne me demande de m’allonger sur la table en faisant gaffe à ma tête.

Le sous-sous-chef ouvre ma chemise en grand, me voilà dépoilé, épilé, à poil au milieu de toute cette foule de gens qui continuent  à discuter, rire, téléphoner.

Rire beaucoup mais probablement parce qu’ils sont joyeux.

Ils viennent en effet de sauver un Australien redondant (alcoolique semble t-il), ce qui explique le retard et doit donner le sourire. Cela n’engage qu’eux.

Un infirmier me scotche le paquet sur  le côté pour laisser le champ libre au chirurgien (Le grand Chef).

Me colle ensuite un drap en plastique chirurgical j’imagine.

Le sous-chef m’explique qu’il va me piquer pour m’éviter d’avoir mal, anesthésie !

Il pique, ça fait mal un peu à cet endroit.

Le Chef s’approche de moi, pose une main amicale et chaleureuse sur mon épaule en disant d’une voix fraternelle et en VF.

  • Vous êtes un homme costaud !

Puis arrêt des communications.

Avec moi en tout cas.

Je m’attendais à une ambiance de cathédrale, comme ce que j’ai pu vivre en  France dans ce contexte.

Mais non ils papotent, se disent des trucs drôles, téléphonent, et pendant ce temps je constate que l’anesthésie est légèrement sous-dosée.

Ce qui m’occupe, en alternance avec la contemplation du plafond, pendant les 45 minutes que ça a duré. Oui le prix vous exorbite, mais vous en avez pour plus longtemps ici !

 Le chef a sa main sur ma hanche et manipule de l’autre des longues tiges qui m’explorent par les tuyaux sanguins, il en sort une sanguinolente, la pose sur mes genoux, en demande une autre. Non pas celle-là, la numéro 7…

Bref je ne vois rien ou presque, et m’endormirais probablement si l’anesthésie était un chouïa plus puissante.

Et enfin c’est fini.

Grand Chef s’approche de ma tête pour me faire un compte-rendu de la situation de sa voix douce, avec son français rouillé.

Son assistant Sous-chef, manipule une télécommande pour me montrer sur l’écran ce qu’il en est.

Je réalise alors que j’ai encore la tige dans mon corps musclé.

Puis c’est l’heure, on ferme.

En France à la fin de ce genre d’opération, on vous colle un bracelet de compression pour éviter de se vider de son sang.

Un bracelet sur l’aine n’étant pas dans les stocks, c’est un gars de l’équipe qui joue le rôle. Patiemment et courageusement, il comprime la plaie.

Rigolez pas le mec c’est un guerrier.

Il remplit sa mission en me comprimant l’artère fémorale pendant 45 minutes d’affilée

 Puis je remonte dans ma chambre, allongé et l’on me demande de ne pas bouger mes jambes de la nuit :

 – You will die, probably.

Je n’ai pas bougé face à cet argument.

Voilà c’est fini, rien de grave à signaler, deux semaines à avoir du mal à marcher, à m’asseoir, avec des hématomes de la taille d’un sandwich au pain de mie (pourquoi pas de la taille d’une tranche de pain de mie demanderont les plus curieux ? C’est vrai pourquoi pas ?). 

Funky Ressuscitation Room, le retour.

Il est certaines expériences qu’il est préférable d’éviter, cependant quand la vie vous les impose, rien ne sert de les fuir.

C’est avec cette mystérieuse phrase introductive, que je vous propose un voyage combiné dans deux univers fantastiques en même temps, résumables en un sujet à faire pâlir les producteurs d’émissions-choc françaises.

Envoyé Spécial ou autres palpitants documentaires du genre « Le quotidien incroyable-et-pas-facile des douaniers de Nice », tenez-vous à vos sucres d’orges, ça va saigner.

Littéralement.

Pour une raison médicale liée, il m’à été demandé par un professionnel de santé d’effectuer ce que l’on appelle une coronarographie (ça à d’autres noms mais mon boulot n’est pas de tout vous apprendre, vous avez du poil au derrière maintenant, et pouvez faire vos propres recherches).

 Vilain nom cachant, sous nos cieux grisâtres et ronchons, une petite opération tenant en 20 minutes tout en discutant avec le chirurgien, en arrivant le matin et libéré en début d’après-midi (ou après-midji comme on dit en Marseillois).

On vous glisse un tube dans une artère au niveau du poignet et on vérifie comment se porte votre palpitant et les tuyaux qui lui son liés.

Bonjour mademoiselle, au revoir Madame.

Donc il m’est demandé de faire ceci pour contrôler que mon corps d’apollon (bien nourri en ce moment, j’en convient), ne cache pas une bêtise embêtante.

Sautillant, car rodé à ce genre de choses, je contacte un hôpital qui pratique ceci, et une fois que mon assurance à validé le montant exorbitant (littéralement, il m’a fallu deux heures pour retrouver, à l’aveugle bien entendu, mes globes oculaires qui se firent la malle plutôt que de voir la réalité en face) de son coût local je m’y rends.

Et l’aventure médicale peut commencer.

D’abord, épidémie mortelle très grave mondiale oblige, on me fait entrer, à l’extérieur de l’hôpital, dans un container posé sur le trottoir.

Un espace de 2m2 séparé du reste par une vitre, percée de deux petits trous façon couveuse de prématuré.

Et climatisé.

De l’autre côté de cette vitre, une dame.

 Je suppose.

 Au son de sa voix.

 Vêtue d’une blouse intégrale (cagoule comprise), scotchée aux extrémités et recouverte d’un tablier, harnaché d’un bonnet chirurgical, d’un masque, de lunettes de protection, d’une visière de protection, puis enfin de gants. Elle me demande le formulaire d’admission qui m’a été remis par l’infirmière de l’accueil.

Me demande de patienter une seconde pendant qu’elle enfile une seconde paire de gants (oui sur la précédente), saisit le papier du bout des doigts, pendant que de sa main libre, elle pulvérise de l’alcool partout sur le papier.

Dézinnfectionn me dit-elle.

Oui au Cambodge la communication gouvernemental est encore plus flippante que chez nous et le niveau moyen d’éducation étant encore plus bas, il est commun de croiser partout des gens munis d’un pulvérisateur de produit désinfectant, mais c’est un autre sujet pour plus tard.

Assis sur ma chaise, parallèlement à la vitre, l’être spatial se lance. Elle pulvérise un coup dans l’air, au cas où, se saisit d’un coton-tige et passe enfin le bras par l’un des deux orifices.

De la vitre hein, n’allez pas imaginer que ce soit dans l’un de mes orifices naseaux. Ni ailleurs, on n’est pas encore assez intimes.

Je serre les dents parce que bon ce n’est pas sympa ce genre de trucs.

Mais en fait elle s’en tient à la narine normale, sans aller très loin.

Je ne sais pas si c’est fiable son truc mais bon, ce n’est pas moi qui fait les règles.

Cela fait, elle me signale que je peux / doit sortir.

Ce que je.

Et me voici fort démuni car dehors, outre qu’il y fait un bon 33° moite, personne.

Je tente une entrée dans l’hôpital, les yeux s’arrondissent d’effroi…

  • « no, no, Sir, you outside Sir, for wait ».

Ce que je.

Dehors,  six petites chaises en plastique rose, sous un petit barnum en plastique blanc protégeant d’un Phébus bien en forme. Mais rendant l’air encore plus chaud.

J’attends.

En suant posément.

Quinze minutes.

L’être précité, et suspecté d’être femelle, entrouvre sa porte du container, passe un demi-nez (demi-nez d’asiatique, vous voyez comme elle ne s’aventure pas) et me tends d’une demi-main, un papier.

  • You’re negative Sir.

Ouf, je flippais !

L’aventure peut commencer.

Muni de mon sésame, je franchis gaillardement, et la tête haute, les portes de l’hosto.

Illico, une armée d’infirmières me saluent avec déférence.

Une paire d’icelles m’engage à les suivre, un coup d’ascenseur et me voilà au 6ème, dans une chambre d’hôtel middle classe Cambodgien.

Ce sera, ma chambre d’hôpital.

Equipée de tous les équipements nécessaires :

  • Un lit d’hôpital des années 40’, vestige du temps où le Cambodge nous appartenait. Avec des manivelles pour le faire monter et descendre.
  • Un canapé, des fois qu’un invité de dernière minute s’incruste.
  • Et au milieu de ces vestiges du temps jadis, une perle de technologie japonaise, une télé à écran plat, en guise de tous les appareils de contrôle médicaux que l’on trouve chez nous. Avec 81 chaines. J’ai compté.

Un petit nuage d’infirmier-es s’affaire pour m’aider à m’installer.

  • Sleep please sir (je suppose que je dois m’allonger) me dit une paire d’yeux féminins dépassant d’un masque à environ 1,47m du sol.
  • Take t-shirt off sir (en fait le short aussi), me suggère un jeune homme aide-soignant de taille normale
  • Sorry sir, souffle dans un murmure une dame d’un bon quart de quintal en essayant de pousser le lit sur lequel l’on vient de me faire allonger.
  • … , me salue de la tête une préposée au posage de bouteilles d’eau de bienvenue (authentique tradition hospitalière locale parait-il).
  • … , me salue de la tête également une personne de sexe plutôt féminin, dont le boulot est de déplacer le frigo pour le rebrancher.

En tout ce seront 8 personnes différentes  qui m’installeront, me bichonneront, me poseront un cathéter (en me demandant 5 fois, inquiète : pain Sir ?, tout en me faisant un garot avec un gant en latex et me désinfectant à l’alcool à 90°),  me prendront le sang (en me demandant 3 fois, inquiet : pain Sir ?), nettoieront la salle de bain attenante, me poseront un pissoir à côté du lit (en disant littéralement: for pipi Sir), me demanderont de me relever finalement pour refaire le lit, me diront mille fois sorry Sir.

Et j’en oublie.

Et puis plus rien.

Le calme.

Et le froid polaire.

Pas longtemps, note.

15 minutes, mais après toute cette effervescence, ça surprend.

Une infirmière cheffe déboule.

Et m’annonce le planning dans un mauvais anglais mais qui à l’avantage d’être fait de phrases compréhensibles. Et que pour des raisons de clarté autant que pour éviter les pisse-menus qui s’outreront de ma parodie d’infirmière cheffe Cambodgienne (il y en a tellement de ces cons) je vous traduis en langue normale :

  • « Opération à 14h, vous pouvez prendre un déjeuner léger » (en insistant trois fois sur le côté léger du déjeuner, ça doit être important). « Quelqu’un vous apporte à déjeuner ? »

Ici la mauvaise bouffe d’hôpital n’est pas imposée, car elle n’est pas prévue.

On se démerde, avec de la famille, des amis, ou en utilisant les services de livraisons.

Et c’est bien, surtout quand tu maitrises la langue.

Quoi qu’il en soit la faim ne me tenaille pas, je verrai ça plus tard.
En revanche je lui demande sa participation pour augmenter la température de la pièce qui doit avoisiner les 3°.

Elle hèle une sbire qui vient, lui gazouille des mots en khmer, cette dernière s’en va, puis revient avec la télécommande de la clim’ et baisse le froid. Puis repart avec la télécommande (il y en à qu’une pour 6 chambres apprends-je)

Arrive ensuite le sous-sous-chef, qui, timide, son bloc de questions médicales à la main me les pose toutes puis s’envole comme un moineau effrayé, la dernière réponse lui étant parvenue.

Puis le sous-chef, qui me repose les mêmes questions environ, me redit que je serai opéré à 14 h, et s’en va.

Puis le sous-chef en chef, il a des lunettes et parle bien mieux anglais que tous les précédents. Probable que c’est pour ça qu’il est sous-chef en chef.

Lui n’a rien de particulier à me dire, nous discutons, prônons des échanges adultes, et prenons des nouvelles l’un de l’autre.

  • So how are you ?
  • Fine and you ?
  • Oh, I’m good, I’m not the one who will have surgery

(fou-rires complices)

Et comme tout va bien il s’en va.

Arrive le Chef, avec la majuscule.

Un ponte doué, reconnu comme faisant du très bon travail même en France, c’est dire. La rumeur lui prêterait un papa Ministre de la santé (ce qui est bien pratique quand on exerce dans l’hôpital référent de l’Assurance Maladie française, dont les devis font tomber les yeux des orbites)

Mais n’enlève rien à son talent.

Lui parle avec douceur, en français un peu maltraité, mais bien appris.

C’est une visite de courtoisie également, il s’inquiète de mon éventuelle inquiétude, je le rassure, et nous faisons là aussi quelques plaisanteries érudites de salle de garde.

Et il s’envole, vers de nouvelles aventures.

Il est midi. Deux heures à peine se sont passée depuis mon arrivée.

J’ai froid, la clim’ n’est plus polaire, mais montagneuse d’hiver, j’appelle et fais monter un peu.

Et j’attends.

Plus rien ne se passe.

Ah si un jeune homme un peu dodu arrive muni d’un rasoir en plastique bleu et jetable et m’annonce :

  • « cut the hairy Sir ? »

Je suppose que oui.

Il écarte ma chemise d’hôpital et me demande de baisser mon caleçon.

Ah oui l’opération peut se faire par le poignet comme en France ou par l’aine, il semble que ce soit par l’aine finalement.

Crotte !

  • Ooooh !! s’exclame t’il, et me regarde les yeux emplis d’une surprise paniquées,

Je crus d’abord qu’il ne comprenait pas comment la nature avait pu être si généreuse (faut bien s’auto promouvoir) mais non.

Il inonde mon bas-ventre d’alcool désinfectant (ça pique).

Puis  essaye de s’attaquer au viril buisson qui orne cette secrète partie de ma délicieuse anatomie.

T’as essayé d’abattre un chêne centenaire avec un coupe ongle toi ?

Lui a essayé, puis a demandé un moment et est reparti.

La porte à peine fermée il a dit un truc à ses collègues, ce qui à provoqué une série de rires délicieux et de commentaires qui ont fait encore plus rire. Du moins ceux parlant le khmer.

Puis il est revenu muni de ciseaux. Et a passé une bonne trentaine de minutes à dégager tout ce qui pouvait ressembler à un poil dans une zone bien trop large pour ce qui était nécessaire, mais sait-on jamais semblait être son crédo.

Pâlichon et épuisé il s’en est allé ensuite se reposer.

Toc-toc fit la porte quelques minutes plus tard.

C’est l’infirmière quart-de-quintal (les Balkany sont mon modèle de respect humain) qui, elle aussi munie du même rasoir à lames changeables compte s’attaquer à moi. Pour les électrodes dit-elle, sur le torse donc.

Mais elle constate que son prédécesseur épuisé a laissé une montagne de poils dans le lit, sonne la faiseuse de lit, me demande de me lever, fait changer le lit, me dit que je peux me doucher.

Et me rallonge pour pouvoir me raser les emplacements destinés aux électrodes.

Elle n’a pas l’air très sûre d’elle donc rase globalement tout mon torse.

J’ai perdu 35 ans de pilosité, ne pleurez pas mesdames, ça reviendra.

Et évidemment, il faut rechanger les draps et balayer la pièce.

A 13h30, les yeux à 1,47 se pointent et me demandent inquiets, si j’ai faim.

Que nenni répondis-je, non merci, ne vous inquiétez pas, pas que ça à foutre, je mangerai après, j’ai mangé tard ce matin, je suis anorexique, ma maman m’a dit de ne pas accepter de nourriture des inconnus… j’essaye toutes les combinaisons possible jusqu’au moment ou elle comprend que je n’ai pas faim.

Enfin elle pense avoir compris, car les yeux ne sont toujours pas sereins.

Puis j’attends.

Je m’ennuie même.

J’essaye de lire mais la lumière est merdique dans la chambre.

Je sommeille.

Il est 14h, c’est l’heure, on vient me mettre des trucs nouveau dans mon cathéter.

Pis re-plus rien.

J’appelle pour savoir ce qu’il en est.

  • Wait wait Sir.

Fut tout ce que je pus glaner.

15h, rien.

16h rien

17h rien.

Je suis un peu gonflé d’attendre.

En fait très très gonflé, mais j’apprends la patience asiatique (oui je me nourris également de clichés et de phrases bateau, vous n’en n’avez pas le monopole).

Et tada, subitement, le 1,47m revient, armée d’une chaise roulante qu’elle stationne devant la porte (pour pas salir le sol de la chambre supputé-je).

C’est parti.

Arrivé, sur cette chaise roulante trop petite, nu comme un ver sous ma chemise d’hôpital en tissu des années 70.

Il est l’heure de découvrir la chirurgie Cambodgienne.

L’accueil est familial, une dizaine de personnes sont en train de papoter, de se marrer, de téléphoner dans la salle d’op’.

Le grand Chef en personne me demande de m’allonger sur la table en faisant gaffe à ma tête.

Le sous-sous-chef ouvre ma chemise en grand, me voilà dépoilé, épilé, à poil au milieu de toute cette foule de gens qui continuent  à discuter, rire, téléphoner.

Rire beaucoup mais probablement parce qu’ils sont joyeux.

Ils viennent en effet de sauver un Australien redondant (alcoolique semble t-il), ce qui explique le retard et doit donner le sourire. Cela n’engage qu’eux.

Un infirmier me scotche le paquet sur  le côté pour laisser le champ libre au chirurgien (Le grand Chef).

Me colle ensuite un drap en plastique chirurgical j’imagine.

Le sous-chef m’explique qu’il va me piquer pour m’éviter d’avoir mal, anesthésie !

Il pique, ça fait mal un peu à cet endroit.

Le Chef s’approche de moi, pose une main amicale et chaleureuse sur mon épaule en disant d’une voix fraternelle et en VF.

  • Vous êtes un homme costaud !

Puis arrêt des communications.

Avec moi en tout cas.

Je m’attendais à une ambiance de cathédrale, comme ce que j’ai pu vivre en  France dans ce contexte.

Mais non ils papotent, se disent des trucs drôles, téléphonent, et pendant ce temps je constate que l’anesthésie est légèrement sous-dosée.

Ce qui m’occupe, en alternance avec la contemplation du plafond, pendant les 45 minutes que ça a duré. Oui le prix vous exorbite, mais vous en avez pour plus longtemps ici !

 Le chef a sa main sur ma hanche et manipule de l’autre des longues tiges qui m’explorent par les tuyaux sanguins, il en sort une sanguinolente, la pose sur mes genoux, en demande une autre. Non pas celle-là, la numéro 7…

Bref je ne vois rien ou presque, et m’endormirais probablement si l’anesthésie était un chouïa plus puissante.

Et enfin c’est fini.

Grand Chef s’approche de ma tête pour me faire un compte-rendu de la situation de sa voix douce, avec son français rouillé.

Son assistant Sous-chef, manipule une télécommande pour me montrer sur l’écran ce qu’il en est.

Je réalise alors que j’ai encore la tige dans mon corps musclé.

Puis c’est l’heure, on ferme.

En France à la fin de ce genre d’opération, on vous colle un bracelet de compression pour éviter de se vider de son sang.

Un bracelet sur l’aine n’étant pas dans les stocks, c’est un gars de l’équipe qui joue le rôle. Patiemment et courageusement, il comprime la plaie.

Rigolez pas le mec c’est un guerrier.

Il remplit sa mission en me comprimant l’artère fémorale pendant 45 minutes d’affilée

 Puis je remonte dans ma chambre, allongé et l’on me demande de ne pas bouger mes jambes de la nuit :

 – You will die, probably.

Je n’ai pas bougé face à cet argument.

Voilà c’est fini, rien de grave à signaler, deux semaines à avoir du mal à marcher, à m’asseoir, avec des hématomes de la taille d’un sandwich au pain de mie (pourquoi pas de la taille d’une tranche de pain de mie demanderont les plus curieux ? C’est vrai pourquoi pas ?). 

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