Voyage au sommet de la terre (part 1)

Internet en Inde est à considérer comme aléatoire.

Les prochains articles seront publiés du Népal où c’est un peu moins pire, avec près de deux semaines de retard.

Nous prions notre public impatient de bien vouloir nous pardonner pour cette longue interruption des programmes, fortement indépendante de notre volonté.

Maintenant: en route!

 

Et voila, c’est parti pour 500 kilomètres de pistes de montagne, d’isolement quasi-total et de sport mécanique de l’extrême. Objectif : Leh

Inconscients du danger qui nous guette, mais pas complètement abrutis, notre première étape est Keylong à 110 bornes de là.

Nous partons, donc, pleins d’entrain, sur une jolie route bitumée qui serpente joliment, grimpant la montagne paresseusement au milieu d’une luxuriante végétation qui sent bon l’oxygène et l’air pur, malgré les camions qui progressent en ahanant et en libérant des nuages de diesel mal consumé…

 

Blog Leh 1 route

 

Blog Leh 3 vallée

Blog Leh 2 Claire et la natureEt nous voilà comme par enchantement à 3000 mètres.

Blog Leh 4 premières neige

Les arbres velus laissent la place à de petits buissons rabougris, le bitume laisse sa place à des cailloux et de la terre, devenue boue sous l’action maligne d’une bruine vicieuse.

Blog Leh 6 route de boue et de cailloux

Et nous respirons un peu plus vite pour compenser le manque d’oxygène qui commence lentement à se faire sentir.

Blog Leh 5 un peu essouflés

Encore quelques kilomètres d’ascension et nous voila au sommet. Aux alentours des 4000 mètres.

Blog Leh 7 Col de Batang

Le bitume est revenu momentanément, la bruine se transforme en neige légère, et concrètement on se caille un peu les miches. Alors comme de bons petits oignons pudiques, nous nous couvrons un peu plus avant d’attaquer la descente.

Blog Leh 8 on se caille

 

Sous les tendres regards bordés de longs cils noirs des mules des montagnes.

Blog Leh 9 les mules aux yeux si doux

La descente est difficile vu que la route n’est plus qu’un gros bourbier humide, mais ca passe et nous trouvons enfin un restau d’altitude, façon cabane a outils au fond du jardin, qui nous réchauffe le corps à coup de chai, et le cœur avec une barre de chocolat dans un chappatti (chappatti : petit pain plat rustique).

Blog Leh 10 pause goûter

La descente se continue, pour atteindre le fond de la vallée, nous permettre de remettre les gaz sur une route digne de ce nom, et me permettre de contempler enfin la beauté des lieux.

Parenthèse Caliméro :

Sur les chemins défoncés des montagnes indiennes, il est vital de garder les yeux rivés sur la route. En effet celle-ci est composée le plus souvent de boue (glissante !), de roches et autres cailloux (facétieux et ayant tendance à rouler ou à vouloir nuire à l’intégrité des pneumatiques), de sable (dont il est difficile d’évaluer la profondeur et qui est en soi casse-gueule) et des trous (dont la profondeur en plus de nuire à la mécanique permet de bien se gaufrer).
Ajoutez a cela les camions prenant toute la largeur de la route, les éboulis de pierre, les ruisseaux coupant la route, la poussière dans les voies respiratoires et bien sur, le précipice ou il ne ferait pas bon se casser la binette, et vous comprendrez pourquoi il est rare pour un pilote de rallye-montagne émérite comme votre serviteur, de pouvoir  jouir pleinement et sereinement de la beauté transcendantale des lieux.

Heureusement ma gonzesse qui n’a pas froid aux yeux mitraille et fait le plein de photos qui me permettent de découvrir les lieux par ou nous sommes passés dans la journée.

Et ca ressemble à ca.

Blog Leh 11 route digne de ce nom

Blog Leh 12 Route et chouette panorama

Blog Leh 13 route suite

Blog Leh 14 route de pierre

 

Puis nous arrivons à Keylong, ville de la dernière station essence avant Leh (prononcez Léh, si vous ne voulez pas passer pour des blaireaux), à 400 km de là par des routes improbables qui vous feront baver lorsque nous vous les montrerons.

Blog Leh arrivée à Keylong

Keylong est froid dès que le soleil se cache, mais autrement le soleil permet de rendre ses 3000 m d’altitude vivables, et comme vous le voyez, le coin n’est pas dégueu.

Blog Leh 15 le coin est pas degueu

Les plus perspicaces de nos lecteurs, négligés mais le plus souvent propres, s’apercevront que Keylong est à la lisière altimétrique de la fin de la végétation. Cette phrase ne veut pas dire grand-chose mais je pars du principe que vous avez saisi, ou au moins que vous ferez semblant.

Blog Leh 16 limite altimétrique

Alors nous y passons une journée, allant découvrir l’autre versant et ses temples bouddhistes sacrés, laissant à nos yeux le temps de s’émerveiller de tant de beaux paysages et à nos corps celui de s’adapter à l’air appauvri en oxygène. Et rencontrer la Dame de Keylong, perchée dans son glacier.

Blog Leh 17 autre versant de Keylong

Blog Leh 18 la dame de Keylong

Blog Leh 19 Rajesh se la pète

Blog Leh Couverture 2

Et nous nous élançons au petit matin suivant vers l’inconnu total. Il fait beau, nous sourions du bout de nos lèvres gercées par le froid, le vent et l’altitude. Comme souvent la route est bonne au départ, ce qui nous permet d’avancer au fond de la vallée.

Blog Sarchu 1 Route dans la valléeBlog Sarchu 2 nos lèvres gercées font des bisous quand même

 

 

Puis cela monte, brièvement, et ce sont des cailloux et du sable qui nous mènent jusqu’au poste de police.

Blog Sarchu 4 arrivée au poste de police

Oui, ici, au bord de la rivière momentanément asséchée, se trouve un poste de police. En fait, une tente de police.

Blog Sarchu 5 le poste de police

L’officier prend nos noms, numéros de passeport et l’immatriculation de Rajesh.

Au cas où l’on disparaitrait dans la nature, ils sauraient quels cadavres chercher.

Puis l’on monte sur le flanc de l’autre montagne, cela sort lentement de ce que l’on connait généralement en terme de montagne. C’est haut, sec, pierreux, ne reste de végétation qu’une sorte de lichen vert ou roux.

Blog Sarchu 6 la route pierreuse Blog Sarchu 6 le lichen roux

Parfois au milieu de ce désert, un lac.

Blog Sarchu 7 un lac

Et l’on continue à monter. La route redevient bonne, l’air recommence à manquer d’oxygène et subitement, plantée au milieu de rien, une base militaire.

Blog Sarchu 8 un camp militaire

Un autre contrôle de nos papiers ?

Non, à notre approche le soldat grassouillet et moustachu, s’enquière juste de notre bien être.

« Good morning, are you fine, is it anything I can do for you? » dit-il, d’une voix douce et maternelle.

Comme tout va bien pour nos pommes nous le remercions et continuons notre route. Ou commençons à le faire lorsque deux gars d’origine indéterminée sur deux Royale Enfield nous alpaguent.

Eux ont un problème mécanique et l’une de leur moto ne redémarre plus. Nous faisons le tour de nos connaissances et impuissants, allons bouffer de la route.

De la route qui recommence à grimper bigrement.

Alors on grimpe en faisant une pause permettant au corps musclé, mais néanmoins sensible de mon épouse préférée, de se réapprovisionner en oxygène qui lui manqua momentanément et provoqua ce que nous appelons dans  le jargon des montagneux : un vertige des montagnes. Technique hein ?

Blog Sarchu 9 un mal des montagnes

Blog Sarchu 10 la route monte encore

Un peu plus loin c’est un anglais en Enfield qui est en rade, son frein arrière est bloqué. Nous lui indiquons la base militaire que nous venons de quitter, après qu’il a desserré son frein. Il  y sera chouchouté par le gentil militaire barbu.

Tiens, entretemps et sans s’en apercevoir nous sommes entrés dans l’état du Jammu et Kashmir !

Encore un peu plus loin nous tombons sur le premier campement de montagne, où il est possible à tout un chacun de s’arrêter pour la nuit moyennant rétribution cela va de soi et dans un confort convivial et spartiate.

Des tentes, communes, et des toilettes extérieures. Pas Byzance, mais cela permet de ne pas décéder car les nuits commencent à devenir bigrement fraiches a ces altitudes.

Blog Sarchu 11 Campement

La montée se poursuit et nous franchissons enfin le col à 4700m (un peu plus et on roulait sur la tête du Mont Blanc) pour redescendre lentement mais surement jusqu’à la vallée suivante.Blog Sarchu 12 premier col a 4700

Lentement c’est incontestable. Surement cela devient relatif, car cette pute de Rajesh a décidé d’avoir sa roue arrière qui joue la carte de la mollesse.

Et nous sommes toujours au milieu de rien. Dix kilomètres d’inquiétude et nous tombons enfin sur un autre campement. Sauvés !!

Pas si vite papillon, car à notre arrivée au campement, rien pour réparer, personne n’a de pompe et le prochain endroit où, peut-être mais pas sûr, nous pourrons rafistoler la roue est a 25 bornes de là…

La poisse ! Sauf que comme dans les Lucky Luke, la cavalerie déboule.

Deux voitures de société privée de raids en montagne s’arrêtent, nous mettent un coup dans la chambre à air et l’on peut repartir.

Sauf que cette pute de Rajesh sévit à nouveau et décide qu’il est temps pour le caoutchouc de sortie de carbu de s’ouvrir en deux.

Note : pour ceux qui ne comprennent pas ce qu’est ce caoutchouc et en quoi c’est embêtant, nous ne rentrerons pas dans des détails techniques fastidieux, mais sachez que la moto ne peut plus démarrer et que ce n’est pas étonnant que vous vous fassiez escroquer par votre garagiste si vous ne vous intéressez pas un minimum.

Heureusement la cavalerie n’est pas partie et grâce à du gros scotch des familles, colmate la faille caoutchoutienne  à la va comme je te pousse. Et nous file un tuyau qui vaut son pesant de cacahuètes :

« Un groupe de motard avec escorte technique est passé il y a une demi-heure, ils devraient pouvoir vous dépanner. »

Taïaut !

C’est à fond les ballons (22,3 km/h de moyenne) que nous dévalons la route, à la recherche de ce convoi miracle.

Blog Sarchu 14 nous nous elancons

Et coup de bol, à peine 10 kilomètres plus tard le voila enfin !

12 rutilantes Enfield, un pick-up chargé d’essence et de pièces, nous voila sauvés.

Blog Sarchu 15 douze rutilantes enfieldEn tout cas temporairement car si ils ont bien une chambre à air, ils n’ont pas la pièce en caoutchouc, mais créatifs et débrouillards, nous bricolent une pièce de remplacement.

Indian Style ! A base d’un bout de moto, d’un couteau et de morceaux de chambre a air.

Du coup nous allons rester la pour la nuit, vu que celle-ci est tombée entretemps.

Et ca sera baroque, croyez-nous.

Blog Sarchu 15 le campement

Car ces 12 rutilantes Royal Enfield sont montées pour l’occasion par ceux qui nous surnommerons, les yeux plein de respect et de frayeur : « Les Hollandais violents ».

Et ne riez pas trop charmantes Elvires, imaginez douze gaillards, dont le plus petit est grand comme moi et le plus léger comme notre moto.

Chargée de ses bagages.

Et cela comprend la femme du groupe.

Apres une séance réparation de moto, sous leur regard admiratif mais bougon (nous ne savons pas si c’est le fait qu’on leur pique momentanément leur mécano ou le froid qui fige les visages de tout le monde (nous sommes quand-même a 4300 mètres et le soleil s’est barré derrière les montagnes)).

Blog Sarchu 16 séance réparation

Il s’avérera vite fait que ces hostiles bataves ne sont ni plus ni moins qu’une troupe de quinquas-sexas d’une gentillesse surprenante.

Regroupés à la faveur d’un tour de trois semaines, ils nous accueillent à leur table avec curiosité, bienveillance, un peu de rhum et des drôles de bonbons géants à la réglisse, cachant un cœur de jus d’herbe médicinale.

Blog Sarchu 17 les hollandais violents

L’un d’entre eux ressemble a s’y méprendre à Tcheky Karyo, en plus grand, plus baraqué et plus ancien boxeur amateur. Et c’est le plus gentil de tous, ce qui est un exploit, car il y a de la compète.

Alors on boit (ce qui est déconseillé a cette altitude) on papote et, morts de fatigue, nous allons nous écrouler vers 21 heures, dans notre habitation du jour.

Une tente de luxe avec tissus imprimés a fleurs et pompons.

Blog Sarchu 18 notre tente à fleurs

Ah, les voyages rustiques ! Parcourir 80 km en une journée, manger ce qu’on nous donne, dormir dans une tente à 4300m au mois de Septembre dans l’Himalaya, quelle joie ! La nuit est très froide malgré les 4 couvertures fournies par les propriétaires du camp.

Blog Sarchu 19 Aurel et l'hygiène

Blog Sarchu 19 Claire et l'hygiène

Mais ce n’est pas là le plus impressionnant.

L’altitude a ses effets. Nous avons été prévenus, pourtant.

Attention aux maux de tête violents qui peuvent vous prendre a n’importe quel moment après 3000m, plus les nausées, vomissements, syncopes, paranoïa et autres joies d’un corps qui subit une pression atmosphérique moins élevée que celle qu’il connait et qui rame pour s’oxygéner.

Nous avons prévu le coup : Pour pallier a tous ces effets, nous avons une arme redoutable qui combattra les pires maux de l’altitude : De l’aspirine.

Bon, effectivement, nous comptons plus sur notre forme physique impressionnante et notre mental d’acier que sur les drogues pour survivre à ce choc.

Les Hollandais, eux, prennent un médicament destine à traiter les glaucomes. Cela accélère la pression sanguine et donc empêche mieux le genre de soucis liés à l’altitude.

Ce soir la, dans la tente, nous nous endormons comme des bébés…

Blog Sarchu 20 fait froid Claire

Blog Sarchu 20 fait froid aurel

Pour se réveiller en sursaut dix minutes plus tard.

Pourquoi en sursaut ? C’est également un effet secondaire lié à l’altitude. Troubles du sommeil, ils appellent ca. Eh bien oui. Impossible de se rendormir.

Je cherche un peu mon air. Mais le plus impressionnant, c’est d’entendre les battements de mon cœur. Ce faquin n’est pas du tout au repos, même si je suis allongée depuis une heure dans un lit sans faire plus de mouvement que de me retourner. On dirait que je viens de monter un étage en courant avec un piano sur le dos.

La nuit sera perturbée par des réveils aussi soudains qu’inexpliqués. Mais au petit matin, nous sommes prêts à remonter à cheval et parcourir quelques kilomètres avec nos amis les hollandais violents.

Et ce sera tout aussi baroque que la veille. Croyez-nous !

Une réponse à “Voyage au sommet de la terre (part 1)

  1. Pingback: Ce n’est pas la fin, c’est le début de quelque chose d’autre. | Sommes-nous seuls sur terre ?·

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