ça se passe comme ça par chez nous, on est rock’n roll!

Article d’une nuit, comme plusieurs autres…

Certes il y a les paysages fous, les gens merveilleux, les surprises improbables et le tofu frit. Et entre deux, il y a le voyage.

La découverte, l’aventure, la route.

La route de nuit c’est ce que vous allez vivre. C’est sans chichi, et à fond les ballons.

Samedi 2 mars, 20 heures.

Nous somme dans le terminal de bus de Denpassar, et notre bus glane encore quelques passagers pour faire le plein avant de s’ébrouer.

Il est joli notre bus, on dirait un coquelicot.

Il est mieux de loin, mais fera très bien l’affaire pour nous mener à Probolingo, au pieds des montagnes volcaniques abritant Bromo, village perché à 2400 mètres, face au volcan Bromo, pour faire original.

Nous sommes au premier rang et c’est la classe.

Le bus démarre, sur les chapeaux de roues, fait quelques haltes pour récupérer des passagers et c’est parti mon kiki !!

C’est bien le premier rang. Nous pouvons voir la route.

C’est l’enfer !! Nous pouvons voir la route !

Le chauffeur, sympa comme tout, pilote. Il ne conduit pas, il pilote. Avec un copilote qui siffle pour lui signaler un potentiel danger.

Et voilà ce que cela donne :

La voie de gauche (on roule à gauche ici), est saturée. Une file de mobs tout à gauche, une file de bagnole à sa droite. En face la même chose, mais dans l’autre sens vous l’aurez compris avec toute cette jugeote qui vous habite.

Et cela ne roule pas assez vite. En tout cas pour notre bus qui a des horaires à respecter, il bosse lui !

Donc facile, utilisant sa taille impressionnante, ses phares et un klaxon piqué sur un paquebot, il investit le milieu de la route, voire la voie d’en face.

Et c’est parti pour un grand show à l’américaine, nous sommes en ville encore, à nous le contresens ! En face, les mobs se rangent, pas folles ! Les voitures nous esquivent, en lançant des interminables coups de klaxon mécontents. Mais cela n’empêche pas notre progression.

Rien ne nous arrête !

Ah peut-être ce camion qui arrive à fond de train en face ?

Ah non en fait, notre bus freine un peu, klaxonne comme un perdu et se rabat.

Un peu.

En poussant sans ménagement les voitures, motos, ou quiconque aurait la mauvaise idée de se trouver à notre gauche.

Nous sortons de Denpassar, cela va se calmer.

Il y a moins de trafic, et nous nous engageons dans une jolie petite route sinueuse. Doublons tout ce qui se trouve sur notre chemin, dans les lignes droites.

Tiens non, là juste à l’approche d’un gros virage à gauche, en montée un camion se traîne. Il va comprendre qui est le roi de la route.

Le roi de la route c’est notre coquelicot, on déboite, on double lentement vu que ça monte bien.

Un sifflement du copilote signale un danger arrivant en face.

Notre chauffeur s’en fout, il peut le faire.

En tout cas il va essayer. Bon le camion est là, face à nous, celui qui nous doublons est là à notre gauche.

Des phares nous éblouissent, tous les klaxons hurlent ensemble.

On va mourir.

Merci pour tout c’était bien.

Claire pousse un cri silencieux.

Ça ne peut pas se passer autrement, en plus on est aux premiers rangs.

Le copilote sifflote de plus en plus vite.

La panique monte.

Derrière nous dans le bus, pas un cri, pas un bruit. Le calme avant la tempête.

On va faire partie des 8 personnes qui meurent chaque jour sur les routes de Bali ?

Non. (Vous vous en doutiez, hein mes petits lutins !!? Pas nés de la dernière mousson, si j’écris c’est qu’on a pas décédé. Bon sang mais c’est bien sûr !!)

Ce n’est pas pour aujourd’hui, en tout cas pas pour tout de suite

Notre pilote WRC donne un coup de volant, le camion face à nous passe à quelques dizaines de centimètres. Celui derrière nous à un peu ralenti.

On est passé, et on prend  de la vitesse.

Ne pas se laisser abattre !

Alors le bus fonce, plein phare dans la nuit, puis un passager dit un truc, le chauffeur émet une exclamation gutturale signifiant « Houston on a un problème » et pile.

Dans un virage en épingle.

Ah oui on a un problème. L’une des soutes du bus s’est ouverte et quelque chose est tombé.

Ça ne serait pas notre soute à bagage qui bée ?

Le copilote est parti dans la nuit. Rejoint par notre chauffeur. Nous descendons. Et bien si ma poule, c’est notre soute qui a laissé échapper un sac.

Pas de bol c’est le mien.

Il a valsé dans un fossé à un kilomètre de là. Dans la nuit.

Après un quart d’heure d’attente angoissante sur le bord de la route ou passent sans interruption tout un tas de camions, de bus et autres animaux quadrupèdes à moteurs rugissant, surgit enfin du fond de la nuit le copilote peinant sous le poids de mon sac.

Vaguement éraflé, humilié, mais en bon état.

On peut repartir !

Et la course poursuite contre le temps reprend.

Nous esquivons les bus qui déboulent face à nous dans les virages, nous glissons au dernier moment au milieu des convois de camions, pour repartir de plus belle une fois le danger passé.

Plusieurs fois nous verrons notre dernière heure arriver, puis pour ménager nos cœurs sensibles fermerons les yeux pour sombrer dans des rêves doux où les dangers de la route sont abolis.

Le bus s’arrête, nous somme dans un port, il est minuit et nous allons quitter Bali en barge pour rejoindre Java. La traversée durera près de deux heures, dont une de changement de fuseau horaire.

Le bateau accueillera 5 bus, 3 vans, 7 voitures, et 4 mobs, rangés savamment, façon Tetris !

Dans le bateau, des Indonésiens, qui fument, regardent le foot quand le signal télé le permet, te proposent des massages (les courageux !), des Ray-bans (oui comme partout), du riz blanc dans des feuilles de bananier, qui  nous offrent de clopes, discutent, eux en Indonésien, nous en Javanais . C’est la cour des miracles, c’est bon enfant, c’est apaisant.

Mais ce calme ne va pas durer car à peine les roues posées sur la terre ferme nous reprendrons notre rythme effréné.

Traversant des villes assoupies à 130 km/h, négociant des virages de montagne à près de 100, bercés par les sifflements du copilote, les hurlements de la corne de brume de notre coquelicot, et par les crissements de freins, quand vraiment il n’y a pas moyen de faire autrement !

Par exemple : plusieurs fois à la sortie d’un virage.

Car la route est à moitié bloquée par des gens qui accomplissent une sorte de rite mystérieux. Certains assis en rond autour de feuilles de palmier en feu.

D’autres faisant la circulation.

Et enfin un ou deux larrons qui tendent vers le chauffeur une énorme sébile, sous forme d’un panier d’osier, ou de seau en plastique.

Une quête nocturne pour je ne sais quelle confession… Je n’ai pas eu le temps de leur demander, on était déjà repartis à fond dans un hurlement de klaxon !

La nuit est douce comme vous le voyez. Il n’y a pas de musique à fond !

Puis enfin, nous nous ferons débarquer, hagards, blêmes, épuisés, mais vivants dans la nuit pré-matinale de Probolinggo.

Il est 4h45, Coquelicot a rempli sa mission.

Un silence apaisant nous accueille.

Ah non les mosquées hurlent.

La balle est dans notre camp.

Nous sommes au milieu d’on ne sait pas où, Probolinggo étant très étendu. Malgré l’heure excessivement matinale nous ne resterons pas plus de 3 minutes sans que l’on se mette à vouloir nous aider.

Un gars très chic, en blouson de skaï nous explique que le prochain mini bus pour rejoindre Bromo est vers 10-11 heures. Que les terminaux de bus sont à des kilomètres de là et que si on veut on peut attendre dans son bureau à deux pas de là, que le jour se lève.

On n’a pas grand-chose d’autre à faire, alors allons-y.

Il papote, nous lui posons des questions vu qu’il est du coin et semble connaitre un peu le coin. D’ailleurs il y a une carte du coin dans son bureau. D’ailleurs il organise des tours.

Et il nous raconte, qu’à Bromo il n’y a que trois hôtels. Que les prix sont 20% plus cher en vrai que dans le Lonely Planet.

D’ailleurs il nous propose une super offre pour 24 heures là haut. Sur la montagne. En voyant tout, le lever du soleil, le volcan et tout le toutim, pour pas cher.

Il doit être trop tôt pour lui.

Il se plante sur tous les points, gonfle les prix (ce qui est de bonne guerre vu que c’est son métier), mélange les prix pour une et deux personnes, puis nous dit que les premier minibus pour Bromo sont à huit heures.

Ah tiens ce n’est plus 10-11 heures ?

Petit à petit nous lui démontons tous ses arguments, et il abdique et nous indique, à contre-coeur le chemin vers le terminal de bus à quelques centaines de mètres.

Faut pas prendre les enfants du paradis pour des canards sauvage, ni pour des buses.

Alors, nous marchons, un peu, le jour se lève, la température augmente, nous avons faim, nous sommes vannés, un Warung nous nourrit, le banc en bambou de l’arrêt de minibus nous permettra de faire une sieste le temps que les 15 passagers qui doivent remplir le bus arrivent.

A 7h30, un couple de touristes pressés arrive.

Voulons-nous partager un shuttle privé avec eux ?

Sur le principe pourquoi pas mais nous ne voulons pas payer trois fois le prix et ne sommes pas pressés (notre richesse à nous).

Et nous nous rendormons.

Pour être réveillés une demi-heure plus tard. Ok nous paierons le tarif pauvre, et eux le reste.

Encore une petite trace de luxe…

Et c’est reparti pour 45 kilomètres de route de montagne somptueuse, de virages sur deux roues au bord des précipices…

Pour arriver à Bromo. Petit village Alpin de Java oriental. Cela ressemble aux Contamines Monjoies au mois d’avril… et c’est pour bientôt!

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